Le toucher : une approche relationnelle

Le toucher est le premier sens de la communication, du bien-être. Le toucher, comme tous les autres sens, s’il n’est pas suffisamment stimulé, perd de sa sensibilité. Plus la peau est touchée, plus elle devient sensible et réceptive.

Notre société se caractérise par un manque de caresses, de contacts corporels chaleureux, car le toucher est sans doute le plus réprimé de tous les sens.

Dans notre profession, de même que notre présence, nos gestes chaleureux, faits d’attention, de disponibilité, de tendresse seront dans bien des cas non un luxe, mais de l’énergie nécessaire qui permettra à la personne de mieux lutter contre sa maladie et sa souffrance.

Pour aborder le toucher et notamment le massage, il faut savoir établir une réelle relation soignant–soigné.

Il est nécessaire de développer ses qualités humaines, d’être capable de disponibilité, de chaleur.

Il est également important que le soignant développe sa capacité empathique, afin d’être capable de prendre du recul par rapport à ses préoccupations personnelles, ses expériences similaires pour faire preuve de flexibilité et laisser de côté son cadre de référence habituel pour intégrer celui de l’autre afin de trouver la bonne distance.

Pour initier le toucher, il faut d’abord prendre contact par la main et ne plus rompre ce contact, il faut ressentir ce qui se passe en nous tout en étant à l’écoute de ce qui se passe chez la personne que nous massons. Il faut également s’adapter et ne pas dispenser des gestes systématiques qui ne seraient pas agréables ; n’oublions pas que chaque personne est unique et que son ressenti sera donc lui aussi unique.

L’expérience est la source même de ce savoir, qui pourra se compléter par l’acquisition de techniques et par des formations plus théoriques.

La communication par le toucher est totalement intemporelle. C’est au cours du soin lui-même que l’on peut avoir ce contact direct ; cela ne demande que quelques minutes de plus lors d’une toilette par exemple. Pourquoi ne pas laver le dos, les pieds… avec nos mains en se laissant guider par la simplicité du geste, en n’ayant à l’esprit que l’intention de détendre, d’apporter une sensation agréable. Le massage est un échange ; il faut rester réceptif, ne pas chercher à imposer quoi que ce soit.

Le contact doit être doux et respectueux. On masse avec toute la main, le corps accompagnant chaque mouvement, chaque geste.

Les quelques minutes supplémentaires que nous aura demandées le massage ne seront pas du temps perdu. Bien au contraire, car la détente et le calme que le massage aura procurés à la personne ne fera qu’améliorer la relation et la communication qui s’ensuivra dans la prise en charge quotidienne.

Le toucher a une implication importante dans notre prise en charge au quotidien, et cela à différents niveaux, comme dans la prise en charge de la douleur d’une personne handicapée ou d’une personne en fin de vie.

Cela est également vrai dans les services tels que la chirurgie, où il est plus usuel de penser que le toucher relationnel n’est pas envisageable par manque de temps et parce qu’on le pense inutile.

Or, une intervention chirurgicale, qu’elle soit considérée comme « banale » ou comme engageant le pronostic vital, n’est jamais anodine pour la personne qui va la subir.

Très souvent source d’angoisse, l’arrivée dans un milieu inconnu et qui peut sembler hostile ne favorise pas la communication.

Lorsque l’on prend en charge des personnes la veille des interventions par exemple, on peut constater à quel point un massage fait en corrélation avec un travail sur la respiration améliore la détente et la communication entre les patients et le soignant. Bien entendu, on ne propose pas un massage n’importe comment. Il ne s’agit pas d’aller toucher l’autre, d’entrer dans son intimité et de risquer de le heurter pour masser à tout prix. Se mettre en position d’écoute et de disponibilité, créer un climat de confiance en étant congruent et empathique permet d’approcher l’autre sans susciter de craintes.

Lorsque l’on ne connaît pas la personne en face de nous, la façon de lui prendre la main sera un élément qui permettra par la suite de proposer des massages sans ambiguïté. En effet, à notre façon de saisir la main, nous indiquons ce que nous sommes et l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons.

La nuit l’angoisse est majorée : peu de monde, des bruits qui sont amplifiés et que chacun interprète, du personnel qui passe, mais qui ne s’arrête pas toujours très longtemps… Et pourtant, la nuit, nous pouvons plus que jamais organiser notre temps et développer des prises en charge spécifiques directement liées à notre rôle propre.

La prise en charge de la douleur postopératoire est également possible par le toucher relationnel.

Une nuit, une personne opérée d’une hernie discale pleurait et vomissait, tellement des céphalées lui faisaient mal. Bien sûr, un protocole antalgique avait été prescrit par l’anesthésiste et l’infirmière lui administrait son traitement, mais sans résultat, malgré la réadaptation des doses par le médecin.

Bien que réticente à ma façon de travailler, ma collègue m’a demandé de venir voir cette patiente.

Je suis entrée dans sa chambre, je me suis présentée et je lui ai saisi la main. Je lui ai proposé d’écouter ma voix et de faire un exercice de respiration. Elle a accepté et nous avons commencé. Elle a fermé les yeux, m’a écoutée et a commencé à respirer. En même temps, j’ai commencé un massage du cuir chevelu qu’elle avait accepté. Très vite, elle s’est détendue et les nausées ont cessé. Lorsqu’elle a ouvert les yeux, elle était souriante et m’a demandé un massage des pieds, chose qu’elle ne pouvait envisager 20 minutes plus tôt.

L’hôpital manque parfois d’humanité et il difficile d’imaginer le parcours que les patients, les familles doivent subir. Le fait de passer d’un service à un autre sans beaucoup de considération, en n’étant plus qu’un objet de soins, dépersonnalise. Il est donc nécessaire de mesurer l’importance du toucher relationnel au quotidien, non seulement au cours d’un soin, mais aussi dans une prise en charge thérapeutique spécifique, notamment pour toutes ces personnes qui arrivent au terme de leur vie avec un corps parfois extrêmement abîmé par la maladie.

Ce temps accordé n’est pas une perte de temps, mais un gain pour la relation entre le soignant et le soigné. Ce temps redonne un peu de dignité et d’humanité.

Les unités de soins palliatifs ont développé leur spécificité autour de cette prise en charge holistique.

Lorsque les personnes arrivent dans ces unités après des mois passés dans les services hospitaliers traditionnels, leur corps est souvent si fatigué et si abîmé qu’elles n’étaient touchées que lors des soins planifiés (toilette, perfusion).

Or, être touché sans prétexte, sans motif thérapeutique, revêt une grande valeur pour tout malade.

Sentir dans le contact, voir dans le regard de l’autre que l’on est encore vivant et digne d’être touché, regardé, est une aide précieuse pour « se dire » ou exprimer ses craintes ou ses angoisses à l’approche de la mort.

Le toucher relationnel contribue à soulager la douleur non seulement physique, mais morale, et crée une relation privilégiée et un climat favorable à l’expression du vécu de la personne hospitalisée.

Sans le toucher, la relation de soin ne pourrait exister. Chaque soignant devrait chaque jour s’interroger sur sa façon de toucher l’autre. Ne plus se cacher derrière un acte technique, dépasser le savoir-faire pour le savoir-être. Être dans une relation pour permettre au malade d’être et non de subir. C’est parfois difficile, mais tellement riche. On y gagne en humanité et en sagesse…

Par Carine Blanchon Infirmière diplômée d’État Foyer d’accueil médicalisé Myosotis 7, rue de l’Ermitage, 91410 Dourdan

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