Fiches de soins infirmiers en psychiatrie

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Découvrez l'une des 186 fiches du guide pratique Fiches de Soins infirmiers en psychiatrie.

Cet ouvrage est composé de six grandes parties :
■ Les prérequis concernant les troubles psychiques.
■ Les axes thérapeutiques.
■ Les thérapeutiques médicamenteuses et la surveillance.
■ Les soins à apporter aux patients.
■ Les pathologies de l’adulte et leur prise en soin spécifique.
■ Les pathologies de l’enfant.

La fiche qui suit est extraite de la partie  Les pathologies de l’adulte et leur prise en soin spécifique.

Fiche 102 État maniaque
Épisode maniaque

Définition

L’épisode maniaque se caractérise par la présence d’une humeur expansive, persistante avec une augmentation anormale et persistante de l’activité, pendant au moins une semaine ou toute autre durée, avec altération marquée du fonctionnement social ou professionnel.

caractéristiques de l'épisode maniaque

Signes cliniques

Tableau 5.54 (Cliquez pour agrandir)

signes cliniques épisode maniaue

L’épisode maniaque peut avoir des caractéristiques psychotiques : présence de délire (à thème d’idées de grandeur, d’invulnérabilité, de persécution) ou d’hallucinations.

Diagnostics infirmiers

Tableau 5.55 Diagnostics infirmiers (Cliquez pour agrandir)

diagnostics infirmiers épisode maniaque

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Thérapeutiques

Thérapeutique relationnelle

mains

Accompagnement thérapeutique de la personne en épisode maniaque

Comprendre le processus psychopathologique à l’œuvre chez la personne

Selon le modèle analytique, dans l’épisode maniaque, le Moi triomphe de l’objet, s’affranchit de toutes les contingences du réel. L’épisode maniaque aurait pour objectif de ne plus avoir à craindre la perte de l’Objet.

Selon le modèle cognitif, les schémas qui s’expriment lorsque la personne est en phase maniaque sont ceux de droits personnels, de manque de contrôle de soi et de dominance.

Selon le modèle neurobiologique, l’efficacité du lithium et des autres thérapeutiques médicamenteuses dans la maladie bipolaire laisse penser que des anomalies chimiques au niveau des neurotransmetteurs intracérébraux pourraient être associées à ce trouble.

Difficulté de la relation soignante avec la personne en épisode maniaque

La relation avec la personne en épisode maniaque est très compliquée car :

  • elle est hors d’atteinte d’un point de vue cognitif, incapable d’entendre un quelconque argument ;
  • elle est non compliante aux soins qui lui sont nécessaires et le recours à la contrainte est quasiment systématique.

Actions infirmières

Tableau 5.56 Mots clés de l'accompagnement de la personne en épisode maniaque

ContenanceCalmeProtection
  • La contenance passe la plupart du temps par un isolement sensoriel (mise en isolement thérapeutique).
  • Le calme des soignants (et personnels de sécurité) est essentiel pour ne rien ajouter à la montée en pression.
  • La protection est opérante par le biais de mesures spécifiques : hospitalisation sous contrainte, isolement, mesures de protection administratives (tutelle) .

Tableau 5.57

Besoins psychologiques
de la personne
Actions infirmières durant la phase aigüe
Besoin de contenance et
de mise en sécurité
Interventions à visée de pare-excitation : les actions
de pare-excitation sont de deux ordres et sont
réalisées de façon concomitante :
– mise en place d'un cadre protecteur : l'état d'agitation
aigu nécessite un isolement thérapeutique
d'urgence avec une surveillance intensive des états
psychique et physiologique : TA, état de conscience,
température, diurèse. Il permet un arrêt des stimulations
externes et a un fort rôle contenant ;
– mise en place d'un traitement neuroleptique injectable
à visée de pare-excitation.
 Actions infirmières en post-crise
Besoin de verbalisation et
de mise en sens du vécu
Entretiens d'aide thérapeutiques : en post-crise,
la personne a besoin de verbaliser son vécu. Les
entretiens l'aident à formuler son ressenti, à préciser
ses pensées. L'étayage sur la pensée diminue son
état d'angoisse et de mal-être interne.
Besoin d'apprentissage
de la gestion de soi dans
sa maladie
Expliquer à la personne sa maladie et la nécessité
pour elle :
– d'avoir une bonne hygiène de vie : rythme de vie
régulier, évitement de situations de stress, sport,
sorties au soleil (rôle sur la thymie en prévention
des phases dépressives) ;
– de repérer les signes avant-coureurs de la crise
maniaque (insomnie et agitation) et de consulter
en urgence s'ils apparaissent.

actions à éviter épiosode maniaque

Actions à éviter

  • Laisser la personne déambuler dans le service, livrée à elle-même : il y a potentialisation de l’agitation (par toutes les stimulations externes qu’elle reçoit) et elle risque d’affoler les autres patients.
  • Trop parler, essayer de la raisonner : elle est hors d’atteinte relationnellement. Lors de la mise en chambre d’isolement qu’elle conteste, dire simplement : « Vous êtes malade, vous nécessitez soins et protection ».
  • Dire des paroles désobligeantes (parfois, la personne, désinhibée, nous attaque rudement, nous insulte). Une fois revenue de son état maniaque, elle se souvient souvent de tout ce qui lui a été dit.

Thérapeutique médicamenteuse

Des neuroleptiques sont dispensés en injectable en début de traitement, du fait de la non compliance : loxapine (Loxapac), cyamémazine (Tercian).


Exemple d’accompagnement d’une personne en épisode maniaque aigu

M. L., 45 ans, a été conduit aux urgences par la police qui l’a trouvé errant sur la voie publique. Il était dans un fort état d’agitation, à demi-nu, en plein hiver. Un diagnostic d’état maniaque est posé par le médecin des urgences qui demande un transfert immédiat en service de psychiatrie et fait un certificat demandant le placement de M. L. en SPDTU.

À son arrivée dans le service, celui-ci est accompagné par deux agents de sécurité qui le maintiennent pour contenir son agitation qui est extrême. Il est vêtu de façon débraillée, chante à tue-tête, passe de l’euphorie à l’agressivité verbale, prenant tout le monde à partie. Il parle sans cesse, saute du coq à l’âne, fait des jeux de mots, hurle qu’il veut qu’on le lâche « pour pouvoir aller marcher sur la gouttière du toit comme un chat », affirme qu’il ne prendra aucun médicament, etc. Le psychiatre de garde demande une mise en chambre d’isolement immédiate et prescrit un traitement à base de neuroleptiques en injectable à visée de sédation de l’agitation.

M. L. est accompagné de force vers la chambre d’isolement, contenu par le personnel de sécurité qui a été appelé en renfort.

Le personnel de sécurité joue un rôle de pare-excitation qui empêche le patient de mettre en acte ses pulsions devenues incontrôlables. Il assure la sécurité du patient, du soignant et garantit la sécurité de la relation soignant-soigné.

M. L. regarde Marc, l’infirmier qui tient le plateau contenant sa future injection, et hurle : « Vous êtes un nazi ! Je refuse toute expérimentation sur mon corps ! Barrez-vous ! » Tout en continuant à l’accompagner vers la chambre d’isolement, alors qu’il est fermement maintenu par les agents de sécurité, Marc lui répond très calmement : « Je m’appelle Marc, je suis infirmier. Vous êtes malade et avez besoin de soins. » M. L. réitère ses accusations, insulte Marc, mais celui-ci s’abstient de répondre, restant très calme et présent dans le regard.

Mettre une personne en isolement thérapeutique dans la contrainte est toujours un acte difficile à réaliser pour la personne qui subit ce soin et pour ceux qui le dispensent. Il est donc important de remettre cet acte dans une dynamique de sens : la mise en isolement est un soin et non une punition ou un enfermement abusif dans un contexte de contrainte exercée sur autrui.

Une fois M. L. déshabillé (contre sa volonté) et mis en pyjama, Marc fait l’injection, M. L étant contenu par quatre personnes. Celui-ci réitère ses accusations et Marc lui répète que son état nécessite des soins et qu’il est là pour l’aider.

Le traitement injectable fait effet rapidement et M. L. s’endort. L’équipe soignante met alors en place une surveillance intensive : relevé des paramètres, évaluation de l’état somatique de la personne (visuellement à travers la vitre de la chambre et en entrant dans celle-ci au minimum trois fois par jour), surveillance des selles et de la diurèse, surveillance des apports hydriques et alimentaires.

Après la sortie d’isolement, Marc propose à M. L. de le voir en entretien. Il accueille son vécu, sa souffrance, et l’aide à mettre des mots et du sens sur ce qu’il vient de traverser.


Évolution du trouble

  • Le début des troubles se situe souvent vers 30 ans, mais la pathologie peut intervenir à tous les âges de la vie, y comprisà des âges tardifs (60 ou 70 ans). Les épisodes maniaques débutent de façon soudaine, le plus souvent, avec une aggravation rapide de la symptomatologie. Ils durent de quelques semaines à plusieurs mois.
  • Dans presque la moitié des cas, un épisode dépressif précède ou suit directement l’épisode maniaque, sans phase de rémission symptomatique.
  • Les complications sont le plus souvent liées aux comportements « débordants » de la personne : pertes financières (dépenses faramineuses, vente de biens de façon inconsidérée, etc.), prise de distance des proches (cette pathologie est très usante nerveusement et affectivement pour l’entourage), perte du travail.
  • L’apparition tardive du trouble doit faire rechercher la présence d’une pathologie somatique éventuelle.
  • Après un premier accès maniaque, il y a récidive dans plus de 90 % des cas. Près de 60 % des épisodes maniaques précèdent immédiatement un épisode dépressif.

Vous venez de lire la fiche 102 de l'ouvrage Fiches de Soins infirmiers en psychiatrie.

Fiches de soins infirmiers en psychiatrie
© 2019, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Auteurs : S. Langenfeld Serranelli, J. Merkling

en savoir plus sur les auteurs

FICHES DE SOINS INFIRMIERS EN PSYCHIATRIE
186 fiches
Solange Langenfeld Serranelli, Jacky Merkling
ISBN: 9782294756917
A paraître le 19 juin 2019

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