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Consommation de substances psychoactives chez les adolescents

6 septembre 2023

Revue de l'Infirmière

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Consommation de substances psychoactives chez les adolescents : addiction ou stratégie d’auto-handicap ?

Substance use among adolescents: Addiction or self-handicap strategy?

Guillaume R. Coudevylle a : Maître de conférences HDR en psychologie du sport et de la santé, doyen de la faculté des sciences du sport de l’université des Antilles, préparateur mental athlète de haut niveau, Aurélie Collado a : Maître de conférences, psychologue, Stéphane Sinnapah a : Maître de conférences en Staps, vice-doyen de la faculté des sciences du sport de l’université des Antilles, Gayatri Kotbagi b, c : Assistant professeur en psychologie, Jean-Pierre Bouchard d, e, f : Successivement psychologue hospitalier hors classe, qualifié aux fonctions de professeur des universités (psychologie, psychologie clinique, psychologie sociale), ingénieur hospitalier en chef de classe exceptionnelle, directeur de l’institut psychojudiciaire et de psychopathologie (IPJP), professeur extraordinaire (extraordinary professor) a Université des Antilles, laboratoire Actes (EA 3596), 97157 Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, France Guadeloupe FLAME University, Lavale, Pune, Maharashtra 412115, India c Symbiosis school of liberal arts, Symbiosis International university, Pune, Maharashtra 411014, India Maharashtra d Psychologie-criminologie-victimologie (PCV), 33000 Bordeaux, France e Centre hospitalier de Cadillac (IPJP/UMD), 33410 Cadillac, France Statistics and population studies department, Faculty of natural sciences, University of the Western Cape, Bellville, 7535 Cape-Town, South Africa

*Auteur correspondant.

Résumé

Les stratégies d’auto-handicap consistent à se créer ou à déclarer des obstacles avant une situation d’accomplissement menaçante pour le soi, comme cela peut-être le cas lors d’une évaluation scolaire ou d’une compétition sportive, afin de se protéger d’un éventuel échec ou de se valoriser en cas d’une réussite. Il s’avère qu’au-delà des effets physiologiques recherchés et de la dépendance liée au produit, la consommation de substances psychoactives peut servir d’excuse aux utilisateurs en cas d’échec et protéger ainsi leur sentiment de compétence ou le valoriser en cas de réussite, pour avoir réussi en dépit de ces consommations tant il est connu que ces dernières impactent négativement la performance.

Substance use among adolescents: addiction or self-handicapping strategy?

Self-handicapping strategies consist of creating or declaring obstacles to oneself before a situation of accomplishment that threatens the self, as might be the case during an academic assessment or a sporting competition, in order to protect oneself from a possible failure or to valorise oneself in the event of success. It turns out that beyond the physiological effects sought and the dependence linked to the product, the consumption of psychoactive substances can serve as an excuse for users in the event of failure, thus protecting their sense of competence or enhancing it in the event of success, for having succeeded in spite of their consumption, which is known to have a negative impact on performance.

Mots clés : addiction, protection, réussite, santé, stratégie, valorisation

Keywords : addiction, health, strategy, protection, success, valorization

Les impacts psychologiques de la consommation de substances psychoactives (SPA) chez l’adolescent sont assez bien connus. Par exemple, le cannabis impacte directement le développement et le fonctionnement du cerveau [1]. Ses effets sur l’attention, la mémoire ou les fonctions exécutives sont observables de quelques heures à plusieurs jours après la consommation [2]. Il impacte non seulement la cognition mais aussi la motivation [3]. La capacité d’apprentissage est, elle aussi, affectée chez l’adolescent et le jeune adulte [4]. L’impact négatif des SPA est donc attesté scientifiquement mais aussi reconnu socialement, ce qui en fait une justification possible en cas d’échec dans une situation d’évaluation et menaçante pour le soi.

L'addiction

Lutter contre la consommation de SPA chez des élèves ou des étudiants contribue à améliorer leur santé mais aussi à leur réussite académique. L’un des premiers champs d’analyse lorsqu’on s’intéresse aux SPA concerne l’addiction. L’addiction peut être en partie déterminée par le territoire génétique qui favorise la dépendance aux SPA comme l’alcool, le tabac et le cannabis. Cependant, toute addiction suppose des premières consommations, et c’est bien à ce premier niveau qu’il importe de porter l’attention tant il est difficile de changer un comportement lorsque celui-ci est dépendant à un produit.

Si des prédispositions génétiques permettent de comprendre que certains adolescents consomment régulièrement des SPA et d’autres non, ces prédispositions ne suffisent pas à expliquer l’occurrence de la première consommation. Un premier travail d’analyse a permis de souligner qu’au-delà de l’importance de s’appuyer sur des cadres théoriques référencés scientifiquement, il était tout aussi important de considérer le poids de l’environnement, notamment social, dans les choix et les stratégies opérés par une personne en matière de santé, et ce, avant même que le processus de dépendance soit mis en jeu [5].

La pression de la réussite

La pression psychologique liée à la réussite dans les études, notamment avec la difficulté de certains concours, est un contexte propice à la prise de psychotropes. La réussite perçue à l’école a ainsi été observée comme associée à la consommation de substances [6]. Dans ce contexte où la pression de la réussite et de la performance qu’elle soit scolaire, universitaire ou sportive est omniprésente, certains adolescents peuvent trouver dans la consommation de SPA un moyen de masquer leur incompétence, préférant être brimés d’agir ainsi plutôt que de mettre toutes les chances de leur côté pour réussir mais au risque de ne pas avoir d’excuse sinon leur incompétence pour justifier un éventuel échec.

Une stratégie d’auto-handicap particulièrement inadaptée pour se protéger

Les stratégies d’autohandicap consistent à se créer ou à déclarer des obstacles avant une évaluation ou une situation d’accomplissement menaçante pour le soi [7]. En agissant ainsi, les utilisateurs se préparent à l’avance des excuses pour justifier un éventuel échec ou rendre leur réussite plus impressionnante car obtenue en dépit des obstacles qu’ils se sont eux-mêmes créés. Ces stratégies, qui peuvent être diverses, ont été étudiées à travers différents champs d’application comme l’enseignement, le travail, la santé, le sport. Elles peuvent se manifester sous forme de déclarations d’excuses internes telles que la fatigue, maladie, blessure, l’anxiété et externes (exemples : mauvais équipements, précarité sociale, conditions météorologiques médiocres). Ces stratégies peuvent également se manifester sous forme de comportements comme le manque de préparation, le choix d’objectifs difficilement atteignables ou l’adoption de comportements violents [8].

Outre ces différentes manifestations, plusieurs études mettent en avant que la prise de stupéfiants [9, 10] et la consommation de substances socialement acceptées comme l’alcool [11, 12] peuvent être considérées comme des stratégies d’auto-handicap. Selon ces travaux, il est donc vraisemblable qu’un certain nombre d’adolescents consomment des SPA pour des raisons de protection de leur image. Ils utilisent cette consommation comme un moyen destiné à masquer et à justifier artificiellement un possible échec scolaire ou universitaire à venir. En agissant ainsi, ils réduisent la peur de l’échec et le sentiment de menace qu’ils peuvent ressentir [13]. L’élève ou l’étudiant préfère se donner une image de jeune dilettante insouciant, qui lui servira d’excuse en cas d’échec, plutôt que faire le choix de se donner les moyens de réussir (en augmentant son temps d’étude, son assiduité et son sérieux) avec le risque de ne pas avoir d’explication pour justifier un éventuel échec si ce n’est son manque de compétence.

En utilisant de telles stratégies, ces élèves et étudiants s’enferment eux-mêmes sans s’en rendre compte dans un processus de dépendance psychologique et physiologique, et d’échec scolaire ou universitaire dont il sera difficile de sortir.

Une prise en charge complexe

La complexité de la prise en charge des usagers de SPA lorsque la consommation est liée à des motifs de protection ou de valorisation de soi réside dans l’aspect paradoxal de la stratégie. Pourquoi des adolescents se mettent-ils eux-mêmes des obstacles à leur propre réussite avec le risque non négligeable de tomber dans l’addiction et toutes les conséquences tragiques qui peuvent en découler ? Le risque est alors que la prise en charge focalise sur les conséquences du problème (la consommation des SPA) alors qu’il convient de s’attaquer de prime abord à l’origine de celui-ci (peur de l’échec, sentiment de compétence menacé, manque de confiance, etc.) [14].

Même si les causes des premières consommations de SPA sont multifactorielles et englobent à la fois des raisons d’ordre sociologique, culturel et psychologique, il semble que la composante psychosociale apporte des éléments de compréhension et de régulation particulièrement intéressants. Il est alors possible d’envisager des contre-stratégies, telles qu’un accompagnement psychologique couplé à un programme d’activités physiques adaptées pour prévenir et réguler au mieux ce type de stratégies [15].

La prise de stupéfiants et la consommation de substances socialement acceptées comme l’alcool peuvent être considérées comme des stratégies d’auto-handicap

Prendre de la drogue

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Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt.

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Références

[1] Hurd Y.L., Manzoni O.J., Pletnikov M.V., et al. Cannabis and the developing brain: insights into its long-lasting effects J Neurosci 2019 ; 39 (42) : 8250-8258 [cross-ref]

[2] Volkow N.D., Swanson J.M., Evins A.E., et al. Effects of cannabis use on human behavior, including cognition, motivation, and psychosis: a review Jama Psychiatry 2016 ; 73 (3) : 292-297 [cross-ref] [3] Solowij N., Stephens R.S., Roffman R.A., et al. Cognitive functioning of long-term heavy cannabis users seeking treatment Jama 2002 ; 287 (9) : 1123-1131 [cross-ref] [4] Harvey S.P., Lambourne K., Greene J.L., et al. The effects of physical activity on learning behaviors in elementary school children: a randomized controlled trial Contemp Sch Psychol 2018 ; 22 (3) : 303-312 [cross-ref] [5] Coudevylle G.R., Kotbagi G., Collado A., Sinnapah S., Bouchard J.P. Analyse des causes psychologiques des premières consommations de substances psychoactives chez les adolescents en contexte scolaire et universitaire Rev Infirm 2023 ; 72 (292) : 37-39 [inter-ref] [6] Mazur J., Tabak I., Dzielska A., et al. The relationship between multiple substance use, perceived academic achievements, and selected socio-demographic factors in a polish adolescent sample Int J Environ Res Public Health 2016 ; 13 (12) : 1264 [cross-ref] [7] Leary M.R., Shepperd J.A. Behavioral self-handicaps versus self-reported handicaps: a conceptual note J Pers Soc Psychol 1986 ; 51 (6) : 1265-1268 [cross-ref] [8] Coudevylle G.R., Gernigon C., Martin Ginis K.A., Famose J.P. Les stratégies d’autohandicap : fondements théoriques, déterminants et caractéristiques Psychol Fr 2015 ; 60 (3) : 263-283 [cross-ref] [9] Berglas S., Jones E.E. Drug choice as a self-handicapping strategy in response to noncontingent success J Pers Soc Psychol 1978 ; 36 (4) : 405-417 [cross-ref] [10] Buckner J.D., Schmidt N.B. Social anxiety disorder and marijuana use problems: the mediating role of marijuana effect expectancies Depress Anxiety 2009 ; 26 (9) : 864-870 [cross-ref] [11] Tucker J.A., Vuchinich R.E., Sobell M.B. Alcohol consumption as a self-handicapping strategy. J Abnorm Psychol 1981 ; 90 (3) : 220-230 [cross-ref] [12] Bordini E.J., Tucker J.A., Vuchinich R.E., Rudd E.J. Alcohol consumption as a self-handicapping strategy in women J Abnorm Psychol 1986 ; 95 (4) : 346-349 [cross-ref] [13] Coudevylle G.R., Top V., Robin N., Anciaux F., Finez L. Effect of reported disadvantages on fear of failure in physical education Educ Psychol Pract 2021 ; 37 (3) : 251-266 [cross-ref] [14] Coudevylle G, Joing I, Robin N, Page AL, Marrot G, Vors O. Gestes professionnels des enseignants d’EPS en contexte de violence scolaire : stratégies usuelles et complémentaires. Contextes et didactiques. 2020;(16). http://journals.openedition.org/ced/2456. [15] Coudevylle G.R., Sinnapah S., Collado A., Kotbagi G., Bouchard J.P. Stratégies d’interventions pour prévenir et réguler la consommation de substances psychoactives chez les adolescents occasionnels et réguliers Rev Infirm 2023 ; 72 (294) :