Acquisition de la propreté chez le jeune enfant

Introduction

L’acquisition de la propreté est une étape particulièrement importante. Comme la marche, elle va permettre à l’enfant de faire un progrès de plus vers l’autonomie et la socialisation. Toutefois, la « maîtrise des sphincters » va s’acquérir progressivement. Elle doit respecter trois impératifs et elle va passer par plusieurs étapes (figure 9.1).

Mots-clés

  • Le sphincter anal : c’est le muscle de l’anus (de forme ronde).
  • Le sphincter vésical : c’est le muscle de la vessie (de forme ronde).
  • La propreté diurne: c’est la propreté au cours de la journée.
  • La propreté nocturne: c’est la propreté au cours de la nuit.

Figure 9.1 L’acquisition de la propreté est un pas vers l’autonomie.

Les trois impératifs à respecter

Pour aider l’enfant lors de l’acquisition de la propreté, l’adulte (parent ou AM) doit respecter trois impératifs (tableau 9.1).

Ces impératifs sont d’ordre physiqueintellectuel et affectif.

Tableau 9.1 Les trois impératifs de la propreté.

Les étapes de la propreté

Toute personne qui s’occupe d’enfants doit savoir que l’on ne peut obtenir l’acquisition de la propreté de l’enfant tant que son système nerveux n’a pas atteint un certain stade de maturation lui permettant le contrôle des sphincters.

L’acquisition de la propreté sera longue et progressive, avec parfois des retours en arrière:

  • L’enfant maîtrise d’abord le sphincter anal puis ensuite le sphincter vésical
  • La propreté sera d’abord diurne avant d’être nocturne
  • L’acquisition de la propreté s’échelonne du 15e au 30e En principe, vers 36 mois (3 ans), l’enfant doit être propre jour et nuit. Cependant, il n’y aura lieu de s’inquiéter de l’énurésie nocturne que vers l’âge de 4 ans

La progression de la propreté

La propreté va s’acquérir entre l’âge de 18 mois et l’âge de 3 ans et demi-4 ans34.

Vers 18 à 20 mois

Le contrôle du sphincter anal

Il existe différents types d’enfants : certains peuvent signaler leur besoin par un mot typique « pipi, caca ou popo », mais ces mots signalent souvent l’évacuation qui vient de se produire (ils sont employés après !).

Le contrôle du sphincter vésical

L’enfant se fait mieux comprendre, il peut signaler qu’il s’est souillé, que sa culotte est mouillée, mais lorsqu’il a envie, le relâchement est brutal, rapide, il faut agir vite !

Vers 22 à 24 mois

Le contrôle anal

C’est parfois une courte période de retour en arrière pour les enfants qui semblaient avoir fait de nets progrès les mois précédents. Cette régression porte à croire qu’il existe un stade de transition à cet âge.

Le contrôle vésical

Il est conscient de ce que l’on attend de lui mais il est incapable de maîtriser le relâchement, et celui-ci se produit souvent « plus tôt que voulu ». C’est l’âge où certains parents (pressés d’obtenir un résultat rapide) peuvent lever l’enfant la nuit pour éviter qu’il se mouille (opération qui peut perturber très sérieusement l’enfant et qu’il faut à tout prix éviter).

Vers 2 ans à 2 ans et demi

Le contrôle du sphincter anal

La maîtrise du sphincter anal est meilleure. Dans la journée l’enfant peut être propre. Il sait se faire comprendre et peut avertir à l’avance (« bébé caca… Jules popo »).

Le contrôle du sphincter vésical

L’enfant a une capacité de rétention plus grande. Mais la maîtrise du sphincter vésical est difficile à acquérir ; l’enfant a encore des irrégularités dans la journée. L’enfant est vexé lorsqu’il constate le « petit accident » et se met souvent à pleurer.

Vers 3 ans à 3 ans et demi

Le contrôle du sphincter anal

L’enfant va seul au pot ou au WC, il ferme souvent la porte. Il se félicite lorsqu’il constate le résultat dans le pot. Il parle souvent à ses matières fécales (« pas bon !…, baahr ! »).

Le contrôle du sphincter vésical

L’enfant a acquis la propreté diurne et possède un contrôle plus précis de son sphincter vésical. Il prévient l’adulte lorsqu’il va faire pipi. Les accidents sont assez rares, mais peuvent encore se produire jusqu’à 3 ans et demi.

Ne jamais « forcer un enfant à être propre! »

Beaucoup de personnes s’imaginent à tort qu’il faut apprendre à l’enfant à devenir propre ! Or c’est une acquisition physiologique. Il ne faut jamais viser un conditionnement. Dans la majeure partie des cas, c’est la mère qui se conditionne et non l’enfant ! Le rôle de l’adulte (parents ou professionnel) est de savoir choisir les moments favorables et la manière pour aider l’enfant à progresser de façon naturelle sur la voie de la propreté.

Situation

Sandro (2 ans et demi)

Sandro (2 ans et demi) vient de faire son « petit besoin » sur le pot. Il se lève, regarde avec curiosité et appelle Nany (l’AM qui s’occupe de lui) et dit : « beau caca ! »

Nany tarde à venir. Sandro décide de transporter le pot à la cuisine pour lui faire admirer le résultat. Nany le félicite et lui demande d’aller ensemble le vider aux WC. Sandro marche en tenant le pot fermement, puis avec vivacité, il le retourne sur la cuvette des WC. Il est fier de cet exploit et demande à Nany de lui faire un baiser.

Compétences de l’AM

Attitudes conseillées

L’AM veillera à:

  • Être attentif au comportement de l’enfant quand il commence à toucher sa couche, à dire « pipi, caca » ; il est souhaitable de verbaliser ce qu’il a fait et d’établir un lien entre le mot et ce qu’il a fait dans sa couche. Ensuite, proposer à l’enfant d’aller seul sur le pot, ou aux WC ;
  • Surveiller les habitudes naturelles de l’enfant. Il faut observer le rythme d’élimination de l’enfant pour suivre ses habitudes naturelles et essayer de les maintenir. L’installation sur le pot ne doit pas excéder 5 minutes et l’enfant doit y être confortablement assis ;
  • Valoriser la propreté. Insister sur le rôle social de cette fonction ; être propre « c’est pouvoir aller à l’école maternelle », c’est faire comme papa et maman »… S’il obtient un résultat positif, il faut le féliciter ; même s’il a fait, par mégarde, dans sa culotte, il faut admirer le « beau résultat »… Il faut éviter les pots-jouets (ceux qui ont l’apparence d’un canard !) car, l’enfant ne peut pas identifier le rôle réel du pot.

Attitudes à proscrire

L’AM conseillera aux parents d’éviter impérativement les attitudes suivantes.

Bannir les moqueries et les comparaisons

Si on compare l’enfant avec ironie à ses frères, il se sentira coupable et humilié. Ces reproches, ajoutés à la crainte de se salir, feront de lui un enfant inquiet, peureux et redoutant tout effort.

Bannir l’usage de la force

Attention: éduquer n’est pas dresser, il ne faut jamais forcer l’enfant à aller au pot, ni exercer un contrôle oppressant sur ses évacuations, encore moins le gronder si le résultat se fait attendre… C’est une façon d’assujettir l’enfant. Ce serait une grave faute (sur le plan humain et professionnel).

Références

[34] La progression de la propreté a été longuement étudiée par Arnold Gesell. Chaque enfant a un rythme propre mais Gesell a trouvé à chaque tranche de vie des caractéristiques relativement communes.

Auteurs

Jacqueline Gassier
Puéricultrice diplômée d’État, Professeur de sciences et techniques médico-sociales

Claudine Montenot-Wagner, Puéricultrice diplômée d’État, Cadre de santé, Formatrice des assistants maternels
Coordinatrice Petite Enfance à la Direction du service « Enfance » de la mairie de Montpellier
Avec la collaboration de :

Dr Francis Perreaux, Pédiatre – Urgentiste, Formateur des premiers secours au personnel de santé

Muriel Benazet
Puéricultrice et coordinatrice de la section AP à l’IFSI de Béziers

Guide de l’assistant maternel

Vous venez de lire le chapitre 9 La socialisation Acquisition de la propreté de l’ouvrage Guide de l’assistant maternel 

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