La double mobilité en marche dans les prothèses totales de hanche

rawpixel-487102-unsplash.jpg

Découvrez un extrait : Résultats des cupules à double mobilité en relation avec le mode de vie

Découvrez ci-dessous le chapitre 35 de l'ouvrage "La double mobilité en marche dans les prothèses totales de hanche" de Michel-Henry Fessy et Denis Huten.

Cet ouvrage est une synthèse technique, contradictoire et documentée, pour les chirurgiens orthopédistes sur un dispositif de plus en plus implanté et qui aujourd'hui s'exporte au-delà de la France.

Je découvre l'ouvrage

Cette monographie aborde la gestion péri-opératoire : quelles indications, quels résultats, comment optimiser la récupération, comment rééduquer les patients ? Les techniques communes et reproductibles pour cette chirurgie sous forme de questions basées sur l'expérience clinique des auteurs. Enfin, la dernière partie est consacrée à la pause de cupules dans les reprises de PTH et aux résultats à longs termes.        
Elle est richement illustrée, 300 iconographies en couleur, et contient les contributions de tous les spécialistes ayant travaillé sur ce concept tout matériel confondu.

La double mobilité en marche dans les prothèses totales de hanche


Résultats des cupules à double mobilité en relation avec le mode de vie

par C. ASSI et K. YAMMINE

On ne change pas en un jour un mode de vie hérité de ses ancêtres.

Richard Cowper

Introduction

Le mode de vie est la manière de vivre d'une personne, ou d'un groupe d'individus, reflétant leur comportement quotidien autour de et pour certaines valeurs. Il existe de fortes disparités des modes de vie en fonction des zones géographiques, des habitudes sociales, culturelles et religieuses. La manière de vivre d'une personne dépend généralement de sa capacité de se mouvoir aisément et sans douleur. Depuis l'apparition des prothèses totales de hanche (PTH), la qualité de vie des patients présentant une coxopathie invalidante a été nettement améliorée [1]. Pourtant, chez un nombre important de patients, les limitations fonctionnelles et surtout les complications après PTH sont responsables d'une baisse ou perte de cette qualité de vie [2]. Une des complications les plus fréquentes et les plus redoutables est la luxation. Plusieurs types de prothèses ont été conçus pour améliorer la stabilité des PTH tout en permettant la récupération d'une bonne mobilité. Le dessin des cupules à double mobilité (CDM) satisfait à ces deux exigences [3, 4].


Amplitude articulaire et stabilité

Outre la stabilité, les CDM procurent un plus grand débattement articulaire, dans les trois plans de l'espace, comparativement à celui des implants acétabulaires standard [4]. En théorie, la stabilité et la mobilité des PTH sont inversement corrélées, mais les études biomécaniques et les résultats cliniques montrent que les CDM allient mobilité et stabilité. Terrier et al. [5] ont montré que les CDM procuraient la plus grande amplitude avant effet came entre les pièces prothétiques, ce qui leur a permis de réduire le taux de luxation par rapport aux implants standard. Une augmentation d'un facteur de 5 à 10 du secteur d'amplitude articulaire stable a été observée avec les CDM comparativement aux implants standard [6]. Une revue systématique d'études cliniques a montré une réduction significative des taux de luxation comparativement à ceux des cupules standard après chirurgie primaire (0,46 %) et chirurgie de révision (2,2 %), et
ce toutes étiologies confondues [7].

L'instabilité a une influence négative sur les scores fonctionnels postopératoires, d'autant plus grande que le nombre d'épisodes d'instabilité est élevé [8].

À cause de l'effet délétère de l'instabilité sur la fonction des patients et sur la survie de la prothèse, nombre de chirurgiens ont étendu les indications des CDM au-delà de celles dites « classiques », à savoir les sujets à risque (patients âgés ou ayant un déficit neurologique ou moteur, chirurgie de révision) [9]. Dans notre service, l'utilisation des CDM est devenue systématique
depuis l'année 2006, ce qui nous a permis de mieux répondre aux demandes actuelles des patients. Les sujets jeunes d'une part, les pratiques religieuses et les coutumes sociales d'autre part sont en effet au Moyen-Orient des défis pour la stabilité et la longévité des PTH.

Sur un total de plus de 1 000 PTH de première intention posées par un mini-abord postérolatéral, nous ne déplorons à ce jour aucune luxation de prothèse ou luxation intraprothétique. Aucune consigne concernant les positions luxantes n'est pourtant donnée aux malades après l'intervention. Dans les suites précoces, seule la douleur postopératoire limite le niveau d'activité des patients.


Mode de vie

Les gestes de la vie quotidienne diffèrent d'un patient à un autre selon plusieurs paramètres qui sont souvent liés. Quatre paramètres seront étudiés pour essayer de couvrir le vaste éventail des différents modes de vie qui peuvent générer des positions luxantes ; l'âge et les loisirs, le travail, les us et coutumes, et la sexualité.

Âge et loisirs

L'âge jeune est en général associé à une plus grande activité de loisirs et de demandes sportives. Plusieurs auteurs ont montré l'efficacité chez les jeunes des CDM sur la réduction du taux de luxation et la survie des PTH [9–11]. C'est également vrai dans l'ostéonécrose de la tête fémorale qui intéresse fréquemment une population jeune à haut risque de luxation et de descellement [12].

Certaines positions accompagnant des activités sportives peuvent être à risque de luxation. C'est le cas, par exemple, dans les arts martiaux, de la position assise dite de « seiza » (s'asseoir sur les genoux), car elle nécessite une flexion maximale des genoux, et une flexion de hanche associée à une adduction et une rotation interne.

Dans la population senior, Acker et al. [13] ont démontré que tous les paramètres de la marche étaient significativement meilleurs dans le groupe des CDM par rapport à un groupe témoin de personnes âgées et fragiles.

Activité professionnelle

Il existe des professions exigeant des positions extrêmes de la hanche, dont l'accroupissement, qui peuvent favoriser une luxation. L'expérience nous a montré que, dans certains métiers, ces positions extrêmes de la hanche peuvent être accomplies sans conséquence néfaste sur la stabilité de la prothèse. Dans notre série de 74 patients jeunes opérés en première intention par PTH avec CDM [11], 18 avaient un travail exigeant un accroupissement répété (par exemple plombiers, mécaniciens, techniciens divers). Tous ces sujets ont repris leur travail initial dont 16 (89 %) décrivaient leur hanche opérée comme étant oubliée. Nos résultats concordent avec ceux de Puch et al. [10] qui avaient constaté une augmentation significative du nombre de patients ayant repris leur profession initiale préopératoire. Leur étude à plus de 10 ans de recul de PTH avec CDM pratiquées chez des patients de moins de 55 ans montrait qu'en préopératoire, 4,2 % pratiquaient encore un travail léger et 1.7 % un travail contraignant. Après l'intervention, ces taux étaient de 55,2 et 24,3 % respectivement, soit près de 80 % de reprise du travail initial [10].

Us et coutumes 

Sur un plan social, il existe des différences de mode de vie selon les coutumes et pratiques spécifiques de certaines populations. Les habitudes quotidiennes à risque de luxation varient selon la région, le contexte socioculturel et les pratiques religieuses. Sur un plan social et culturel, le geste de s'accroupir est très commun dans les pays où les toilettes à la turque sont prépondérantes comme au Moyen-Orient et dans la majorité des pays d'Asie et d'Extrême-Orient. En Orient, la position assise basse, jambes croisées est coutumière. Les pratiquants, toutes religions confondues, conduisent habituellement leurs rituels d'ablution et de prières en s'agenouillant et en se prosternant. Des positions extrêmes de hanche, notamment en flexion, adduction et rotation interne, sont nécessaires durant la prière musulmane, chrétienne, la méditation en position « seiza », la position « du lotus » et ses variantes dans les traditions spirituelles orientales. Ce sont ces mêmes positions que les chirurgiens interdisent à leurs patients après PTH avec cupule conventionnelle. Dans une série récente provenant du Moyen-Orient, sur 74 patients ayant eu une analyse fonctionnelle postopératoire, tous les sujets (n = 48,65 %) qui se considéraient comme pratiquants religieux avaient pu exécuter leurs rituels de prière sans limitation ou douleur alors qu'ils étaient limités en préopératoire [11]. Une autre série qui comportait 38 % de pratiquants religieux a montré que tous ces patients avaient pu reprendre leur gestuelle de prières avec un score minihip Harris moyen de 95 sur 100 [12]. Que ce soit des rituels chrétiens, musulmans ou ceux des méditations pratiquées en Extrême-Orient, tous les pratiquants avaient pu effectuer ces rituels dans les 3 mois qui ont suivi l'intervention chirurgicale d'une façon complète et indolore (figure 35.1 à 35.3).

Sexualité 

Une récente revue systématique a montré que 76 % des patients identifiaient la coxarthrose comme la principale cause de leurs problèmes sexuels [14]. Après PTH, 71 % des patients signalaient une amélioration des activités sexuelles au recul moyen de 4 mois. Une étude coréenne a montré que la crainte d'une luxation était la préoccupation la plus fréquente des patients lors des activités sexuelles après PTH [15]. En se fondant sur les excellents résultats obtenus chez les patients capables de faire des mouvements de la hanche d'amplitude extrême au cours de rituels culturels ou religieux, l'utilisation des CDM pourrait sensiblement améliorer la fréquence et la qualité de l'activité sexuelle en permettant de meilleures amplitudes articulaires avec un moindre risque de luxation.


Figure 35.1 Radiographie préopératoire.

Figure 35.1 Radiographie préopératoire.

Figure 35.2 Radiographie postopératoire en position debout.

Figure 35.2 Radiographie postopératoire en position debout.

Figure 35.3 Radiographie du même patient en position agenouillée (prière).

Figure 35.3 Radiographie du même patient en position agenouillée
(prière).

Conclusion

La notion de hanche oubliée devrait bénéficier d'une redéfinition à la lumière des résultats des cupules à double mobilité. Une hanche oubliée ne doit pas seulement être une hanche indolore en position debout, assise ou pendant la marche. Elle devrait aussi permettre de faire des mouvements d'amplitude extrême de la hanche opérée, et ce sans douleur et sans appréhension. Une hanche oubliée est celle qui permet aux patients de reprendre leur mode de vie habituel avec des amplitudes articulaires totales et sans risque d'instabilité.

Déclaration d'intérêts

Les auteurs de ce chapitre déclarent n'avoir aucun conflit en relation avec ce travail. En dehors de ce travail, Chahine Assi est consultant pour le Groupe Lépine.

Références

En savoir plus

Vous venez de lire le chapitre 35 de l'ouvrage "La double mobilité en marche dans les prothèses totales de hanche" de Michel-Henry Fessy et Denis Huten.

Je découvre l'ouvrage

Merci de vous êtres intéressé à notre contenu, et si cet article vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux où a des personnes potentiellement intéressées.

Share
Tweet
Share
Share