Une adoption source de plaisir, de joie et de bien-être à l’EHPAD

Découvrez un article de la revue Soins Aides-Soignantes

Extrait de revue Soin Aides-Soignantes cet article traite de l'adoption de chats en EHPAD, un choix à prendre au sérieux mais qui peut apporter beaucoup aux résidents.

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Le projet d’adoption d’un chat en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes doit être construit avec les résidents et le personnel car il impacte la vie de tous. Une adoption réussie est alors source de plaisir, de joie et contribue au bien-être de chacun.

Édith Barbin*: Aide médico-psychologique, Stéphanie Caillaud : Aide médico-psychologique, Anne-Sophie Drouet : Aide médico-psychologique   *Auteur correspondant. Ehpad Françoise-d’Andigné, Rue des Tisserands, 49620 La Pommeraye, France  Adresse e-mail :infirmerie@francoisedandigne.fr (É. Barbin).

Mots clés –animal ; bientraitance ; chat ; communication ; établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes

Maintenir le lien social, apporter du bien-être au quotidien sont des éléments clés du projet de vie de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). L’adoption d’un animal de compagnie peut y contribuer à condition toutefois d’avoir anticipé les contraintes pour que l’harmonie s’installe entre les résidents et l’animal.

Wendy est devenue une sorte de mascotte et joue un rôle affectif indéniable © Ehpad Françoise-d’Andigné

Histoire du projet d’adoption

L’Ehpad accueille 84 résidents, dont 23 au 3e étage de l’établissement. Celui-ci présente moins de confort que les autres niveaux : moins de clarté, des chambres en mansarde, des couloirs plus étroits. Nous avons réfléchi à un projet qui rendrait ce lieu plus accueillant et plus vivant. Il nous est alors apparu évident d’y accueillir un chat. Les résidentes étaient partantes.

Une première expérience compliquée

L’occasion s’est présentée d’adopter un chaton donné par une salariée. Ce petit chat était adorable, plein de vie ! Devenu “adolescent”, il galopait dans les couloirs, grimpait sur les tables, s’accrochait aux pantalons toutes griffes dehors, sautait dans la corbeille du déambulateur, a fait tomber une résidente. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva ! Le sportif minet est tombé d’une fenêtre sur la terrasse en contrebas et s’est grièvement blessé. Il a dû être euthanasié.

Les résidentes ont très mal vécu cet événement ; elles s’y étaient attachées et redoutaient de recommencer. Le fait de le perdre nous a permis de mesurer combien ce petit animal apportait d’affection et de plaisir à plusieurs résidentes. Le manque était douloureux.

Une nouvelle adoption réfléchie et réussie

Nous avons donc décidé rapidement de réitérer l’expérience, mais nous avons pris le temps de mûrir ce projet. Après de nombreuses discussions avec les résidentes de l’étage, nous avons cerné les éléments importants du projet :

  • L’animal ne doit pas mettre en danger des résidents ;
  • L’animal doit être accepté par tous : il ne doit pas aller dans les chambres où sa présence est indésirable ;
  • Le chat ne doit pas grimper sur les tables du petit-déjeuner, donc il ne faut pas que cette salle soit son lieu de vie ;
  • Les personnels doivent être volontaires pour s’en occuper ; il y a relais si un membre du personnel ne peut pas ou ne veut pas s’occuper du chat.

Cela nous a amenées à mieux cadrer le choix du futur compagnon à quatre pattes et notre organisation. Nous voulions un chat ou une chatte calme, propre, stérilisé(e), ayant atteint l’âge adulte et en bonne santé. Nous avons aussi fait le choix de lui dédier une petite pièce peu utilisée pour y déposer la litière, son coin repos et sa gamelle, afin de l’éloigner de la salle du petit-déjeuner.

Nous ne voulions pas nous tromper sur l’animal et avons donc décidé de nous adresser à la Société protectrice des animaux (SPA). Cela permettait de le choisir à partir de nos critères prédéfinis et de donner une deuxième chance à un animal abandonné. Ainsi, Édith, aide médico-psychologique, s’est rendue en compagnie de deux résidentes à l’antenne locale.

Elles ont rapidement repéré une jeune chatte adulte qui répondait bien aux critères et qui avait auparavant vécu avec des personnes âgées. Après cette première visite, la chatte identifiée a été présentée aux résidentes de l’étage qui étaient toutes d’accord pour l’adopter. La semaine suivante, une nouvelle sortie a été organisée pour réaliser les démarches d’adoption.

Depuis maintenant deux ans, Wendy vit au troisième étage de l’établissement et fait la joie de tous. Son calme et sa discrétion rendent sa présence agréable, même pour les résidentes un peu réticentes au départ.

Recommandations

Aucune législation n’interdit la présence d’animaux au sein d’un Ehpad. Toutefois, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm), dans sa recommandation de bonnes pratiques concernant la vie sociale des résidents, précise : « la médicalisation des établissements et le respect des normes hygiéniques peuvent limiter, voire interdire la présence d’animaux dans les règlements intérieurs »¹.

L’arrêté du 29 septembre 1997 fixant les conditions d’hygiène applicables dans les établissements de restauration collective à caractère social n’a aucune hésitation à ce sujet. Son article 30 interdit dans les salles de restauration « la présence d’animaux de compagnie […] à l’exception des chiens guides d’aveugles »². Ce texte part du principe que les animaux présentent « un risque d’insalubrité pour les denrées

  1. www.anesm.sante.gouv.fr/IMG/pdf/ANALYSE_DOCUMENTAIRE_QDV2.pdf
  2. www.legifrance.gouv.fr

Une harmonie subtile

Après une période de découverte mutuelle, la chatte s’est rapproché plus particulièrement d’une résidente, devenue naturellement “référente”. Mais à notre grande surprise, Wendy a su repérer les personnes qui souffraient de solitude, se faire accepter d’elles et investir la chambre discrètement.

Le chat endormi, dans des positions de bien-être et de confiance totale, les ronronnements, la minutieuse toilette par léchage sont sources de plaisir et d’apaisement pour les résidentes. Cette présence discrète apporte beaucoup en termes de relation et d’affection. Wendy, dotée d’une belle robe, aime être caressée longuement et faire quelques “léchouilles” affectueuses sur la main qui la caresse.

Notre chatte est donc un vecteur de communication, un élément moteur de socialisation et d’intégration sociale, qui assure une présence rassurante et ainsi renforce la qualité de vie des résidents. Wendy est devenue une sorte de mascotte et joue un rôle affectif indéniable. Elle tient compagnie aux personnes isolées, permet le contact physique : la caresse sur la fourrure soyeuse. Elle est source de distraction ; les résidentes aiment la regarder jouer et jouer avec elle.

Quelques contraintes

La litière doit être changée régulièrement pour l’hygiène et éviter les mauvaises odeurs, par un membre du personnel responsable du chat. Elle est placée dans un endroit discret de l’étage.

Le suivi de la santé impose une visite annuelle chez le vétérinaire pour la vaccination, les vermifuges et le bilan de santé. C’est l’occasion d’une sortie en compagnie de deux résidentes.

La nourriture est exclusivement composée de croquettes et d’eau, mises à disposition dans sa gamelle. Il ne lui est pas proposé d’autres nourritures pour éviter les problèmes digestifs et dans un souci d’éducation.

Le chat représente un coût annuel de 200 euros environ, plus les frais d’adoption le cas échéant.

Conclusion

Accueillir un chat en Ehpad contribue au projet de bien-traitance développé dans l’établissement. Cela nécessite l’adhésion des résidents mais aussi des personnels et fait l’objet d’un projet réfléchi et mûri pour effectuer les bons choix et ne pas avoir de regrets.

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