Urgences pédiatriques

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Nous vous proposons de découvrir un extrait de l'ouvrage Homéopathie en pédiatrie

Par Jacques Lamothe : Pédiatre homéopathe à Toulouse de 1978 à 2003. Fondateur, président honoraire, administrateur du site smhmp.fr de la Société de médecine homéopathique de Midi-Pyrénées. Co-fondateur du Groupement de pédiatres homéopathes d’expression française. Directeur de l’École d’Homéopathie Uniciste de Toulouse de 1990 à 2000.

Homéopathie en pédiatrie

Le problème de l’acceptation des urgences en pédiatrie

S’il est difficilement concevable de refuser des urgences en médecine générale homéopathique, cela l’est encore moins en pédiatrie, où la pression de l’angoisse parentale est plus forte. Dans tous les cas, la pratique d’une homéopathie « chronique » exclusive est à proscrire pour deux raisons. D’abord parce que tout médecin se doit d’être là quand son patient est malade ! Ensuite, le refus d’assumer les urgences est en contradiction avec la décision de tenter de guérir une maladie chronique. En effet, si le « malade chronique » qui a reçu un remède présente une exacerbation, ne pas tenter de le soigner par homéopathie présente deux inconvénients majeurs :

  • c’est l’exposer à consulter un autre médecin et à quitter une voie thérapeutique déjà entamée en subissant une suppression allopathique, voire homéopathique pluraliste plus ou moins préjudiciable à son terrain, à sa totalité, ainsi qu’à son suivi ;
  • c’est aussi et surtout manquer une occasion unique de trouver son simillimum. Ce point paraît très important, car c’est en phase aiguë que parle la psore . Là, les symptômes sont forts et le corps ne ment jamais ! C’est au moment où la personne présente de grandes souffrances qu’elle est la plus sincère, que sa psore se découvre et se manifeste à la surface. Surgiront alors des symptômes physiques et mentaux jamais vus et parfois très curieux, des sensations bizarres, des rêves rares… Ce sera donc en urgence que l’on aura le plus de chances de trouver un remède plus profond que lors des consultations « tranquilles » précédentes ! C’est d’ailleurs souvent à cette occasion qu’on découvrira un simillimum rare, parfois même par téléphone.

Le problème de la disponibilité dépend de l’organisation du cabinet : si l’on contrôle l’augmentation de sa clientèle, on peut chaque jour conserver des places d’urgences, le problème n’est pas donc là.

Les résultats

En schématisant, on peut dire qu’on a deux types de résultats :

  • soit le remède qui a guéri en aigu est différent du remède « de fond » déjà trouvé ou trouvé plus tard, mais a procuré un important soulagement au sujet à un moment critique de sa vie, voire l’a sauvé quelquefois d’un mauvais pas. Toutefois, la maladie chronique n’a pas été touchée suffi samment profondément et reprendra son cours tôt ou tard ;
  • soit le remède qui a guéri l’aigu guérit aussi le chronique, comme par miracle : on a alors fait d’une pierre deux coups, et trouvant en urgence un simillimum psorique.

Quelques exemples

Cas de remède aigu différent du remède de fond déjà trouvé

Ce fut le cas de Damien, 10 ans et demi, qui présentait une colite aiguë hyperalgique. Il avait été guéri en mars 1998 d’une otite séreuse bilatérale chronique très tenace et permanente, qui durait depuis l’âge de 2 ans et demi, par Kalium iodatum 30 CH.
Le 30 septembre 1998, il arrive en urgence à ma consultation, plié en deux par une douleur abdominale. Il souffrait par crises de 15 minutes, à début brutal, comme des crampes abdominales, l’obligeant à se plier en deux régulièrement, ce qui le soulageait un peu. Il était très agité au moment des crises, ne sachant plus où ni comment se mettre pour arrêter la douleur. Tout avait commencé après un bain en piscine. L’examen clinique est rassurant, évoquant très probablement une colite spasmodique.

La répertorisation donnait les résultats suivants :

  • ABDOMEN ; PAIN ; General ; bending ; double ; must (49 remèdes) / douleur abdominale générale, doit se plier en deux
  • ABDOMEN ; PAIN ; General ; bending ; double ; amel (46 remèdes) / douleur abdominale générale, amél. plié en deux
  • ABDOMEN ; PAIN ; General ; cold ; taking, from and as from (25 remèdes) / douleur abdominale générale, a pris froid
  • MIND ; RESTLESSNESS, nervousness ; tendency ; pain ; from (34 remèdes) / agitation nerveuse, tendance à provoquer la douleur

Ce qui donne deux remèdes possédant les 4 symptômes : Colocynthis et Belladonna . Pour les distinguer, le contexte mental a permis de les départager : les parents de Damien sont divorcés depuis deux ans, l’enfant vit chez sa mère et son père le prend régulièrement comme le prévoit la loi, mais il a de gros soucis fi nanciers. Récemment, il n’a pas pu payer à la mère la pension de Damien et celle-ci a fait appel à un avocat. Le père, qui d’ailleurs s’est toujours présenté comme victime depuis le divorce demandé par la mère seule, a dit à Damien qu’il aurait même des diffi cultés à le prendre aussi souvent qu’avant en raison de ses problèmes d’argent, et qu’il risquait même la prison. Damien a été très troublé par ces paroles et les a rapportées à sa mère qui l’a rassuré et lui a dit que c’était du chantage pour faire pression sur elle. Connaissant Damien, très sensible à l’injustice (Kali-i figure à la rubrique intolérance à l’injustice, selon Geukens, 1/22), nous avons pu ajouter les symptômes :

  • MIND ; AILMENTS from ; embarrassment ; mental symptoms from (13) / affection provoquée par le mental, symptômes mentaux provoqués par la honte
  • MIND ; AILMENTS from ; disappointment (32) / affection provoquée par le mental, déception
  • MIND ; AILMENTS from ; indignation (19) / affection provoquée par le mental, indignation
  • MIND ; AILMENTS from ; misfortune of others (1) / affection provoquée par le mental, malheur des autres

Ce qui permet sans aucune hésitation de choisir Colocynthis , remède de suite de situation embarrassante avec déception, indignation, et de suite de confrontation avec le malheur des autres, surtout s’il s’agit d’une injustice ou d’un manque de respect.
Colocynthis ne peut jamais se baisser, se plier, se soumettre, en raison de son bon droit et de la considération à laquelle il a droit, sauf quand la maladie le plie en deux…

A lire aussi : Homéopathie en polypathologie : Pourquoi et en quoi l’homéopathie est utile dans ce cas ? Quel est donc ce manque dans la médecine, dite orthodoxe, qui peut expliquer soit l’engouement soit le simple recours à l’homéopathie ou d’autres thérapeutiques non conventionnelles comme l’acupuncture... En savoir plus

Cas de remède aigu différent du remède de fond trouvé par la suite

Jules a été guéri très rapidement par Phosphorus 15 CH d’une varicelle maligne avec labyrinthite le 11 juillet 1990, à l’âge de 1 an, alors que son remède de fond, qui a arrêté toutes ses pathologies, et en particulier une rhinite allergique chronique, c’est-à-dire un simillimum plus profond, n’a été trouvé que 9 ans plus tard – et ce fut Bryonia, lequel d’ailleurs était aussi très compatible avec cette pathologie suraiguë, mais je n’y avais pas pensé à ce moment-là.
Un beau jour de juillet 1990, donc, Jules arrive en urgence, à l’extrême limite de l’hospitalisation : grosse fi èvre depuis la veille au soir, à 40,3° C, avec dyspnée fébrile (il force sur sa glotte à chaque expiration), un état stuporeux avec somnolence constante, brefs réveils toutes les 15 minutes et sursauts dans le sommeil, regard éteint, vomissements, épistaxis, éruption varicelleuse hémorragique avec vésicules rouge sombre, pertes d’équilibre, ataxie et chutes à la moindre tentative de marcher, soif fréquente de petites quantités d’eau, augmentation des besoins affectifs, et, pour compléter le tableau, rechute de son otite séreuse antérieure avec otorrhée gauche et pneumopathie de la base gauche à la radiographie car quelques sous-crépitants avaient été entendus à l’auscultation.
En moins de 4 heures, avec Phosphorus 15 CH, l’ataxie a disparu ainsi que la dyspnée et la fi èvre, et l’état général et mental s’est nettement amélioré. Le lendemain, résultat spectaculaire qui convertirait les plus incrédules à l’homéopathie : guérison presque totale ; apyrexie, régression de l’éruption et de son aspect hémorragique ; restent seulement quelques râles bronchiques et une légère fatigue, avec une humeur grognonne, symptômes qui vont disparaître en quelques jours.

Seulement, dans les mois et les années qui ont suivi, Jules a refait des bronchites qui ont été de moins en moins sensibles à Phosphorus, puis qui l’ont été un certain temps à Lycopodium , qui a fini par ne plus agir lui aussi, jusqu’à ce que Bryonia , simillimum très satisfaisant sur tous les plans, ait été enfi n administré à l’âge de 10 ans.
La répertorisation avait été la suivante :

  • VERTIGO ; HEAT ; during (35 remèdes) / vertige pendant la fi èvre
  • EXTREMITIES ; UNSTEADINESS ; Lower Limbs ; walking, while (Tottering) (Walking ; infi rm) (8 remèdes) /instabilité des jambes pendant la marche
  • FACE ; EXPRESSION ; vacant (absent) (33 remèdes) / visage à expression vide, absente
  • SKIN ; ERUPTIONS ; vesicular ; blood, filled with (18 remèdes) / éruptions cutanées vésiculaires remplies de sang
  • NOSE ; EPISTAXIS ; fever, during ; agg. (20 remèdes) / épitaxis pendant la fi èvre
  • GENERALITIES ; JERKING ; sleep ; during (72 remèdes) / soubresauts, secousses musculaires pendant la fi èvre
  • SLEEP ; SLEEPINESS ; heat ; during (77 remèdes) / insomnies pendant la fi èvre
  • FEVER, HEAT ; ERUPTIVE fevers ; variola, smallpox ; malignant (14 remèdes) /fièvres éruptives malignes, variole
  • STOMACH ; THIRST ; small quantities, for ; often (unquenchable ; sipping of cold water) (25 remèdes) / soif de petites quantités, de petites gorgées fréquemment
  • Phosphorus est le seul remède à posséder tous les symptômes, avec le Complete Repertory de van Zandvoort, sur le Mac Repertory. Quant à Bryonia , il se présente en 12e position, après Ars, Sulf, Lach, Bell, Aco, Puls, Crot-h, Phus-t, Ant-t et Ph-ac.
A lire aussi : Homéopathie: Remèdes plus spécifiques de la grossesse. Actaea racemosa - Souche - Noms communs : Cimicifuga racemosa, Actée en grappe, Cimicaire à grappes... En savoir plus

Cas de remède aigu et en même temps de remède de fond

François, 12 ans 4 mois, présente des crises de migraines régulières depuis 5 ans. Tous les bilans (y compris le scanner) avaient abouti à ce diagnostic et tous les traitements allopathiques ont été totalement inopérants. Lors d’une crise violente, son remède fut trouvé en urgence sur les symptômes aigus, le 22 septembre 1999 :
– crises violentes de céphalées temporales droites, irradiant vers le cou,
– d’une durée d’une demi-journée à 3 jours,
– agg. l’après-midi et le soir,
– amél. le matin au lever et débutant après 10 h,
– agg. après le repas de midi,
– avec sensation d’une boule qui veut sortir,
– douleur violente avec pâleur et vomissements,
– agg. en périodes scolaires, amél.pendant les vacances,
– amél. par les vomissements,
– amél. par le sport,
– agg. par la pression,
– agg. au soleil, surtout et un peu à la chaleur,
– amél. après les bains (chauds ou froids).
– amél. par les vomissements,
– amél. par le sport,
– agg. par la pression,
– agg. au soleil, surtout et un peu à la chaleur,
– amél. après les bains (chauds ou froids).

On constate que ce qui améliore François, c’est la détente. C’est un enfant très tendu, d’ailleurs, et anxieux, nous dit-on.
En utilisant seulement ces symptômes physiques, on a la répertorisation suivante :

  • HEAD PAIN ; GENERAL ; sun, exposure to ; agg. (HEAD ; Congestion ; sun, from exposure to) (HEAD ; Sunstroke) (58 remèdes) / céphalées, congestion céphalique après exposition au soleil, coup de soleil
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; warm ; room ; agg. (99 remèdes) / céphalée dans une pièce chaude
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; heat ; agg. ; heated, from becoming (66 remèdes) / céphalée après avoir eu chaud, coup de chaleur
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; pressure, external ; agg (binding head, from) (58 remèdes) / céphalée agravée par la pression externe ou en bandant la tête
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; vomiting ; amel. from (25 remèdes) / céphalée améliorée par les vomissements
  • FACE ; DISCOLORATION ; pale ; headache, with (36 remèdes) / pâleur du visage pendant la céphalée
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; morning ; amel. (5 remèdes) / céphalée améliorée le matin
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; morning ; agg. ; increases and decreases with the sun (12 remèdes) / céphalée commençant le matin, augmentant et diminuant avec la courbe du soleil
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; eating ; agg. ; (105 remèdes) / céphalée agravée en mangeant
  • HEAD PAIN ; LOCALIZATION ; Temples ; right (62 remèdes) / céphalée de la tempe droite
  • HEAD PAIN ; LOCALIZATION ; Temples ; extending ; neck, to (5 remèdes) / céphalée de la tempe s’étendant dans le cou
  • HEAD PAIN ; PRESSING ; outward (Bursting) (103 remèdes) / céphalée avec sensation de pression vers le dehors
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; exertion of ; body ; amel. (8 remèdes) / céphalée améliorée par l’exercice physique
  • HEAD PAIN ; GENERAL ; bathing, after ; amel. (3 remèdes) / céphalée améliorée par le bain

Cela nous donne Calc présent dans 9 rubriques sur 14, puis, à égalité de 8/14 : Nat-m, Glon, Sep, Sang., puis 7/14 : Bell, Puls, Bry, Ars., etc.
Le reste des renseignements sur cet enfant permet de choisir un remède qui s’avèrera le guérir profondément.
Il est décrit comme un enfant très têtu, capable de résister longtemps s’il ne veut pas faire quelque chose, les corvées quotidiennes en particulier, comme garder son petit frère trois minutes sur une aire d’autoroute, le temps que sa mère aille aux toilettes ! À côté de cela, il est très gentil, spécialement avec les autres enfants. Ainsi, un jour, un copain lui avait promis absolument de venir chez lui, et il n’est pas venu, ceci plusieurs fois ; François l’a attendu patiemment, lui en a fait le reproche, mais cela s’est pourtant reproduit plusieurs fois. Il accepte mal les défaillances des autres, en amitié surtout, mais il pardonne. Il exige de sa mère, qui est professeur de gymnastique, de ne pas laisser passer la moindre faute lorsqu’elle arbitre un match sous peine de lui faire de sérieux reproches. Il est très respectueux des règles et assez intransigeant : il ne supporte pas du tout que son frère touche à ses affaires, lui-même n’a jamais rien abîmé ni cassé. Pour son travail scolaire, il désire être autonome, mais il ne travaille pas très bien. Il peut se montrer très touché quand on lui rend un service, exemple : une amie de sa mère l’a un jour emmené à Paris pour assister à un match de foot et, plusieurs semaines plus tard, il a aidé spontanément cette femme à emballer des paquets, ce qui a représenté pour elle un grand service.
À part cela, il ronge ses ongles et, durant la consultation, il surveille en permanence son jeune frère pour l’empêcher de toucher à tout, en semblant le guider vers d’autres occupations, comme s’il le téléguidait.
Sanguinaria a été choisi car déjà fortement évoqué par les symptômes physiques, il semblait mieux correspondre à sa problématique que Glonoïne ou Natrum mur ou les autres. L’essence de la souffrance de Sang. semble bien, selon l’AFADH, l’intolérance aux sollicitations du milieu extérieur, des autres ; il ne peut supporter d’être mû par les autres, qu’ils lui imposent leur rythme ; ce sont de continuels « Attends… ! » Sang. ne supporte pas les contrariétés et encore moins les contraintes. « Quand je veux ! » C’est un remède d’enfants désobéissants, ambitieux et sujets à des pathologies congestives. François, d’un côté très rigoureux, droit et respectueux des règles, « pouvait se bloquer complètement sur des choses qu’il grossit », disait sa mère ; ces choses étaient représentées essentiellement pour lui par les contraintes imposées par la vie scolaire et familiale qu’il ne supportait pas du tout (et qui le rendaient malade avec des migraines).
Une dose en 200 K a stoppé sa crise en quelques heures. Il a présenté par la suite une crise plus légère deux mois plus tard, guérie par une prise en MK, puis une troisième 2 mois plus tard, elle aussi guérie par une MK. Depuis, il n’a présenté que deux fois de légères céphalées, stoppées par une prise en 15 CH. Sur le plan mental, les « blocages » ont totalement disparu ; persiste un fond de droiture et d’intransigeance tout à fait banal, comme un simple trait de caractère.

Vous venez de découvrir le chapitre 4 Urgences pédiatrique de l'ouvrage Homéopathie en pédiatrie
© 2019 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

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