Orchestre à l’école : une aventure extraordinaire pour des élèves de primaire

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Résumé

Orchestre à l’école est une association qui encourage et soutient la création d’un orchestre au sein des établissements scolaires. L’orchestre de l’école élémentaire Henri-Barbusse de Malakoff existe depuis 2014. Pour l’année 2018-2019, il est associé à une école de Sablé-sur-Sarthe pour créer une pièce musicale originale sous l’égide du Paris Mozart Orchestra. Une aventure humaine et artistique enrichissante, mais aussi une autre façon de vivre l’école et de développer son estime de soi.

Mots clés : établissement scolaire, instrument, jumelage, musique, Orchestre à l’école, transdisciplinarité

© 2019 Publié par Elsevier Masson SAS.

Claire Hugonin : Professeure des écoles, Isabelle Genty : Directrice, Sophie Martin : Enseignante référente École élémentaire Henri-Barbusse, 2, rue Jules-Guesde, 92240 Malakoff, France

Auteur correspondant.

Summary

'Orchestre à l’école' is an association that encourages and supports the creation of school orchestras. The school orchestra at the Henri-Barbusse primary school in Malakoff has been playing since 2014. For 2018/2019, they’ve been developing an original piece of music with a school in Sablé-sur-Sarthe, under the aegis of the Paris Mozart Orchestra. It's an enriching human and artistic venture, as well as a different educational experience that can develop self-esteem.

Keywords : instrument, music, school, School Orchestra, transdisciplinarity, twinning

L’association Orchestre à l’école (OAE) [1] accompagne les écoles ou les collèges qui souhaitent créer un orchestre au sein de leur établissement. Cette proposition faite aux élèves est une belle opportunité de découverte d’un instrument. Une aventure que l’enfant ou le jeune vivra durant trois années. Ce dispositif innovant est dirigé notamment vers les publics issus de quartiers défavorisés ou en zone rurale. Grâce à un partenariat entre l’école, le conservatoire, la collectivité locale (qui finance les heures de cours des professeurs), un luthier local (qui fournit les instruments et les révise chaque année) et l’association OAE, cette pratique instrumentale, totalement gratuite pour l’élève, ouvre des horizons nouveaux à de nombreuses familles qui n’auraient pu offrir une activité musicale à leur enfant.

Contexte

Le premier orchestre à l’école a été créé en 1999. L’association fédérait en 2009 plus de 450 initiatives locales. Elle devient en 2017 le Centre national de ressources des orchestres à l’école. L’association OAE propose un accompagnement au projet, ainsi qu’un soutien financier par l’achat de parcs instrumentaux. Elle travaille en réseau. Son objectif est de contribuer à l’épanouissement des enfants en leur offrant une ouverture culturelle et l’accès à la pratique instrumentale, de promouvoir l’inclusion sociale des jeunes (par la réussite collective) et de favoriser la réussite scolaire et personnelle (par la rigueur et la discipline) [2 ]. En 2018, 1 340 orchestres sont répartis dans 100 départements, dont la moitié en milieu rural et 316 dans des quartiers prioritaires. Au total, 36 480 élèves bénéficiaires participent à un orchestre à l’école à 59 % en primaire, 39 % au collège et 2 % en maternelle et lycée.

Le groupe scolaire Henri-Barbusse de Malakoff (92), à proximité de Paris, est situé au sud du centre-ville, dans un quartier isolé, très urbanisé. Les élèves qui le fréquentent sont issus de catégories sociales diverses, ce qui produit une grande mixité. Le groupe scolaire a l’avantage d’accueillir en ses murs une antenne du conservatoire intercommunal. De plus, le collège de secteur propose une classe à horaires aménagés musique (Cham).

Principe

L’orchestre de l’école Henri-Barbusse est né en 2014 avec les élèves volontaires de CE2. Le volontariat et l’engagement pour trois ans (CE2-CM1-CM2) sont les seuls prérequis demandés. Aucune base musicale ni l’inscription au conservatoire ne sont nécessaires. Le choix s’est porté sur les instruments à cordes : violon/alto, violoncelle, contrebasse. Le projet est validé par l’inspection académique.

Les instruments sont prêtés par le conservatoire à rayonnement intercommunal, avec une convention de prêt pour toute l’année scolaire signée par les parents (les seules dépenses peuvent être liées à de menues réparations). Les instruments sont adaptés à la taille de l’enfant (qui évolue au cours des trois années). Les élèves s’engagent à apporter leur instrument à chaque session, l’une sur un temps scolaire, l’autre sur un temps de nouvelle activité périscolaire. Le reste du temps, l’instrument est au domicile ; chaque élève en dispose comme il le souhaite pour répéter à sa guise.

Les trois enseignantes de musique, Jasmine (violon/alto), Maelise (violoncelle) et Pascale (contrebasse), sont affiliées au conservatoire. Elles prennent chacune en charge leur groupe instrumental et se réunissent régulièrement sous la baguette de Jasmine pour s’écouter les uns les autres et apprendre à jouer ensemble. Elles choisissent les morceaux ; l’association met à leur disposition un répertoire adapté. Les partitions sont fournies ; elles servent de guide, les enfants apprenant par la force de l’habitude à les déchiffrer. Ces enseignantes sont garantes de la qualité de la production des jeunes musiciens.

L’apprentissage des morceaux se fait de façon adaptée. Par exemple, Jasmine utilise la ronde, d’abord sans instrument : les enfants chantent la phrase musicale avec le tempo, l’intonation. Pour le mémoriser, les élèves tapent dans leurs mains l’un après l’autre et s’interrompent pour les respirations. Dans les premiers temps d’apprentissage de l’instrument, les notes ne sont pas pincées.

L’orchestre participe à un mini-concert pour les résidents de l’Ehpad voisin, à la fête de l’école, à la fête de la Musique, mais aussi à des événements organisés par le réseau : par exemple un concert au jardin du Luxembourg ou sur les bords du canal de l’Ourcq. C’est l’occasion pour les élèves d’apprendre à gérer les émotions liées à une représentation publique.

La première promotion a nourri l’envie de certains élèves d’intégrer le conservatoire pour développer leur pratique (certains devenus collégiens ont même poursuivi). Les 36 élèves ne participant pas à l’orchestre ont rapidement demandé à être inclus dans un projet similaire. La directrice de l’établissement et l’enseignante référente y ont répondu autant que possible par la mise en place d’une chorale, d’activités de percussions et l’apprentissage du ukulélé. Ces instruments ont pu être financés grâce à une subvention de la caisse d’allocations familiales des Hauts-de-Seine (concours Récréa’CAF), obtenue grâce à la mobilisation de la directrice de l’école, de l’enseignante, des élèves eux-mêmes et des parents d’élèves venus présenter le projet.

Cette initiative a aussi séduit deux autres écoles de la ville qui ont depuis monté leur propre orchestre de cuivres.

En 2018-2019, un projet extraordinaire

En 2017-2018, une nouvelle promotion est associée au groupe d’orchestre à l’école [3]. Elle participe à un appel à projets1 lancé par le Paris Mozart Orchestra (PMO) [4]. Cette formation a été fondée en 2011 par la cheffe d’orchestre de renommée internationale Claire Gibault. Elle s’inscrit dans une démarche citoyenne : « Aller à la rencontre de nouveaux publics, notamment les plus jeunes et les publics empêchés, avec des programmes exigeants et innovants, dans un esprit d’ouverture, de partage et de décloisonnement des arts. » De ce fait, le PMO s’associe aux écoles.

Pour la saison 2018-2019, il accueille en résidence artistique la compositrice Graciane Finzi qui se voit confier le projet de créer une pièce pour des élèves néophytes et un orchestre professionnel.

Ce projet associe donc deux orchestres, celui de l’école Henri-Barbusse (en zone urbaine) et celui de l’école du Gai-Levant à Sablé-sur-Sarthe (en réseau d’éducation prioritaire, en zone rurale), qui a choisi les instruments à vent et les percussions. Ils travaillent en parallèle une composition originale sur le thème “Des champs et des villes : héros, héroïnes”. Cette œuvre, essentiellement musicale, repose également sur une scénographie d’images (peintures, photographies) et de textes que les enfants étudient en classe. Cette année, tous les élèves de l’orchestre ont été réunis dans une même classe.

Ce projet jumelé nécessite que les élèves se rencontrent (Figure 1) pour se mettre au diapason [5] et préparer les deux spectacles : l’un au Palais des congrès du Mans, en mai, l’autre au théâtre Marigny de Paris, en juin. Des échanges épistolaires permettent aux élèves de mieux se connaître avant de se rencontrer “pour de vrai” lors de séjours de répétitions2 . Les élèves qui n’ont pas souhaité apprendre un instrument via le projet participent néanmoins à l’aventure grâce à une initiation aux percussions.

Figure 1. Première répétition des orchestres de Sablé-sur-Sarthe et de Malakoff dirigée par Claire Gibeault, en présence de Graciane Finzi.

Première répétition des orchestres de Sablé-sur-Sarthe et de Malakoff dirigée par Claire Gibeault, en présence de Graciane Finzi.

Bénéfices pour les élèves

La transdisciplinarité, recommandée dans les programmes de l’Éducation nationale, trouve tout son sens dans le projet initié par le PMO. En effet, les élèves, par la musique, vont s’ouvrir à d’autres arts. L’enseignant lie les apprentissages de la classe au projet musical, l’enrichit ainsi et garantit la cohérence entre école et musique.

Pratiquer un instrument de musique sur le temps scolaire permet de bâtir des ponts entre ce que vit l’élève pendant sa pratique instrumentale et ce qu’il vit au sein de la classe.

Par ailleurs, le voyage dans un département rural a permis aux élèves de découvrir d’autres modes de vie, grâce notamment à une visite dans une ferme pédagogique (la première fois pour certains élèves de Malakoff). Les élèves de Sablé-sur-Sarthe viendront découvrir la capitale. L’école Henri-Barbusse organise pour eux un rallye à la découverte de la ville, guidé par la classe. Les parents d’élèves y sont associés.

Le travail d’équipe entre l’enseignant et les intervenants en musique (professeurs d’instruments, coordinatrice de l’orchestre) est fondamental. Il permet de croiser les regards sur un même enfant. Les professeurs de musique participent à la rédaction de certains items dans le livret scolaire unique (LSU). Les observations sur le comportement en classe, la façon d’aborder le travail et la façon d’être en cours de musique sont partagées. En effet, un élève pourra se montrer très différent suivant le groupe dans lequel il évolue : en classe, en orchestre ou en groupe d’instruments. Les échanges entre adultes encadrants apportent un éclairage sur l’attitude de l’enfant, des questionnements qui permettent d’adapter les exigences vis-à-vis de lui.

Par ailleurs, le choix des instruments effectué la première année induit des cercles relationnels qui sont différents de ceux observés en récréation ou en dehors de l’école. Cela les contraint à s’ouvrir à d’autres personnalités qu’ils n’auraient pas côtoyées spontanément.

Le partage des observations permet de retrouver des points communs ou des divergences sur tel ou tel élève et de mieux les comprendre.

Un des objectifs de l’OAE est d’aider les élèves qui pourraient être en difficulté scolaire à retrouver, par la musique, une confiance perdue, un regain de motivation. De nombreux parents ont fait part de leur grande fierté de voir leur enfant pratiquer un instrument de musique. Nous pouvons souligner que la pratique d’un instrument à cordes tel que le violon a la réputation d’être difficile. Mais, grâce à une pédagogie adaptée qui privilégie le “plaisir avant tout”, cet apprentissage se distingue d’un parcours plus classique au conservatoire. Les exigences d’écoute et de qualité sont les mêmes, mais les enfants passent moins de temps sur la lecture des notes. Dans ce contexte, ils acquièrent aussi le sens de l’effort et de la coopération.

Les enfants sont fiers de jouer d’un instrument aussi précieux et fragile qu’un instrument à cordes. Chacun est responsable de celui qui lui est laissé ; les enfants ont conscience de la confiance qui leur est accordée. Quand ils jouent, ils ont une prestance, un sentiment d’importance qui se reflètent dans leur attitude et qui leur fait du bien. Ils participent à des concerts et prennent plaisir à se confronter à un public. Ils sont également fiers de développer une compétence que leur enseignante n’a pas. Cela permet de sortir du cadre classique enseignant-élève.

Exploiter ce qui est observé en orchestre au sein de la classe est, enfin, un des objectifs de l’enseignante. Elle y remarque notamment une qualité d’écoute qu’elle n’obtient pas toujours en classe. Lors d’une leçon d’histoire où chaque enfant prenait la parole sans attendre que l’autre camarade ait fini de parler, la maîtresse peut leur rappeler l’importance de l’écoute dans l’orchestre pour obtenir un résultat cohérent et harmonieux.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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