Le billet de Julien : petit guide de survie à toi qui va devenir jeune diplomé.e

Julien est un ancien ESI (diplomé en 2017) qui s’exprime chaque mois sur un sujet de son choix.

Pour ceux qui ne le savent pas encore (c’est-à-dire à peu près tout le monde mis à part mes collègues et mes patient.e.s) j’ai été diplômé en juillet de l’an de grâce 2017 infirmier diplômé d’Etat.

Et comme je peux vivre ce que vous ne pouvez pas encore totalement vivre, j’ai décidé de vous donner quelques petits conseils avant que vous n’ayez vous aussi les deux pieds dans l’enfer hospitalier.
En effet, celui ou celle qui va vous dire qu’exercer à la sortie du diplôme, c’est juste génial et top détente, celui-là est soit un menteur, soit encore en recherche d’emploi.

Ou bien elle vous dit la vérité, mais vous n’avez pas écouté, et elle ne vous parlait pas du diplôme d’infirmier.
Dites-vous bien une chose, trois ans de cursus, c’est très très court, même si vous avez souvent la sensation inverse. Vous ne pouvez pas tout savoir ni tout expérimenter, vous ne pouvez pas acquérir tous les réflexes qui feront de vous de bons IDE.

Alors si je peux me permettre un premier conseil : anticiper là-dessus. Connaissez vos basiques sur le bout des doigts.

Et quand je dis basiques, je parle en fait de plein de choses que vous apprenez vite-fait à l’IFSI pour ensuite l’oublier en post-partiel (ne faites pas semblant de dire non, on l’a TOUS fait).
Les basiques, c’est la sémiologie et la clinique.

Parce que si vous commencez à vous dire que c’est du ressort du médecin, vous allez vite vous sentir seul.e à deux heures du matin en service un weekend à vous demandez si le patient en face de vous est dans une situation d’urgence ou non et vous allez encore plus vite vous sentir seul.e lorsque qu’au téléphone avec le médecin/interne/SAMU vous allez devoir décliner un examen clinique que vous ne maitrisez pas.

Alors oui, je vous l’accorde, ce n’est pas entièrement de votre faute car le référentiel est fait ainsi.
Croyez-moi, je sais bien qu’aujourd’hui on a plus de cours en IFSI sur le “pourquoi on ne doit pas appeler maminette la résidente de l’EHPAD” que sur des basiques de l’auscultation cardio-pulmonaire au stéthoscope ; d’ailleurs à ce sujet, si après ce cours vous appelez encore des patient.e.s de plus de 65 ans papi ou mamie alors que vous n’avez aucun lien de parenté avec eux, ça risque d’être compliqué pour vous.

Mais bon, ce sera encore plus compliqué de juger de l’encombrement d’un patient ou d’un probable OAP sans auscultation, à moins d’attendre la fin du weekend ou la visite d’un médecin.
Donc vraiment, essayez de vous renseigner sur la sémiologie, achetez un bouquin, posez des questions aux professionnels en stage, faites vous votre propre algorithme dans votre tête pour débrouiller une situation ; vous verrez, une fois que vous serez au clair avec ça, ce sera beaucoup plus simple de gérer l’imprévisible.

Les basiques, c’est aussi connaître au maximum la spécialité à laquelle vous vous destinez. Il ne s’agit pas de tout bosser la veille de votre première prise de poste, mais de prendre le temps, le premier mois, de revoir vos cours sur les pathologies spécifiques à votre secteur d’activité.Les médecins ne seront pas systématiquement là pour répondre aux questions des familles, et 70 % du temps c’est vous qui allez le faire. Dites-vous bien une chose : vous ne pourrez plus dire “je vous laisse patienter, j’appelle l’infirmier.e…” PUISQUE C’EST VOUS L’INFIRMIER.E.

Je sais que c’est un exercice difficile, mais plus vous connaitrez votre sujet, plus vous saurez comment rassurer les patient.e.s et leurs familles sans empiéter sur les prérogatives médicales.
Bien sûr, n’oublions pas dans les basiques quelques normes biologiques de base et examens de référence pour anticiper si besoin la demande des médecins. Parce que s’il y a bien un mot qui va prendre plus de place dans votre job que le mot “soins”, c’est bien le mot “organisation”.
Vous allez devoir organiser vos journées, planifier vos soins, des examens, des sorties, des entrées. Et même si à l’IFSI on vous en parle, croyez-moi, vous êtes loin de vous imaginer ce qui vous attend.

Sachez qu’il y a des journées où vous allez seulement passez 30% de votre temps aux côtés du patient. Le reste du temps, vous allez gérer votre secteur.
Alors si j’ai un seul conseil à vous donner, c’est faites-le en stage et ne faites pas semblant ! Si vous pouvez vous occuper de l’administratif et de la gestion papier, faites-le, cela n’en sera que meilleur pour vous sentir mieux dans votre premier poste.
Si on vous propose le téléphone … prenezle !
Vous verrez, ce truc change totalement la dimension d’une journée.

Le téléphone décide de votre journée, il décide de ce que vous allez devoir faire pour lui. Vous êtes dans une chambre depuis 45 minutes à suer sous une surblouse en stérile. Le téléphone lui n’en a strictement rien à faire. Il sonnera.
Seulement, saurez-vous être plus fort.e que lui ?
Dernière chose, qu’il ne faut pas oublier, c’est que si vous galérez lors de votre premier poste, c’est complètement normal. Moi le premier ça n’a pas été facile, on n’est pas forcément doublé assez longtemps, on est jeté un peu dans le tourbillon du quotidien de l’hôpital.
Si on a des difficultés, c’est normal, et ce même si on a été bon en stage. Il faut l’accepter et voir comment on peut évoluer. D’un autre côté, si vous avez peur, c’est normal aussi.
En même temps, votre objectif à la fin de la journée ne sera plus de faire remplir et signer votre feuille sur laquelle vous avez noté vos soins avant de finir par valider les cases du portfolio.
Non.
Votre nouvel objectif sera de ne pas tuer vos patients, et votre nouvelle tutrice s’appelleraresponsabilité professionnelle.

Mais perso, je ne changerais ça pour absolument rien au monde. Et je peux vous garantir que vous allez vous éclater.

Courage, c’est le dernier virage avant le DE et ça en vaut vraiment la peine.

Sur ce, je vous souhaite une excellente année 2018, pleine de réussite et de bonheur avec vos proches.
A bientôt

Julien
29 ans, ESI promo 2017
Master II en gestion et management
Créateur du site www.wikifsi.com
Twitter @Martinez_J_
Toujours là pour t’agacer, mais jamais pour penser à ta place.

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