Le billet de Julien: Femmes battues,violences domestiques

Parce que non, ce n’est pas si simple

Julien est un ESI de 3ème année qui s’exprime chaque mois sur un sujet de son choix.

L’article de ce mois portera donc sur la violence domestique, et plus particulièrement les violences physiques faites aux femmes, qui  constituent l’écrasante majorité des victimes.

Mais pourquoi cet article ?

Pour plusieurs raisons ; la première, c’est qu’en 3 ans d’IFSI, on entend peu parler de ce sujet. Pourtant cela vous touchera de très près, ou de plus loin, dans votre vie privée ou votre carrière professionnelle. Cela pourrait être vous, une amie, une collègue ou une patiente. Parce que les femmes battues finissent à l’hôpital, mais parce que le problème le plus souvent, c’est qu’elles en sortent rapidement (quand elles n’en meurent pas). D’où la seconde raison qui me pousse à écrire cette article : j’entends souvent dire, dans la bouche de soignants et d’étudiants : “si elles se font taper, elles n’ont qu’à le quitter”.

Essayez, vous verrez. Parlez-en dans votre groupe, dans votre promo, dans votre entourage. Vous verrez, cette réponse revient souvent. Comme s’il suffisait de partir pour voir le calvaire s’arrêter.

En fait c’est plus compliqué et ça l’est d’autant plus que peu de gens savent expliquer les mécanismes qui relient les victimes à leurs bourreaux. Et peut-être même que dans la discussion, des personnes ont directement vécu la violence domestique, et en parler est difficile pour elles.  Même si le faire est pour les autres extrêmement important : en parler, c’est faire exister le problème. Peut-être même que certaines de vos connaissances amicales, professionnelles auront directement vécu la situation. Mais la honte, le déni, ou la difficulté de repenser à une situation traumatisante feront qu’elles n’entreront pas forcément dans le débat.

Mais revenons-en aux faits. En France, la violence domestique tue plus d’une femme tous les 3 jours, soit 134 par an (chiffres Insee via leMonde.fr).

Autre chiffre marquant : 223 000, c’est le nombre de femmes subissant des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire par an, 70% d’entre elles le subissant de manière répétée.

Au final, seulement 14% d’entre elles portent plainte.

C’est un problème qui est récurrent, car il a toujours existé. Petit à petit, la parole se libère mais comme c’est souvent le cas, c’est un travail sur les mentalités qu’il faut effectuer. La maltraitance touche toute les classes sociales, sans exception, même si les femmes les plus précaires, sans emploi et n’ayant pas fait d’études sont plus concernées que les autres.

Alors afin de mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent la violence domestiques, il faut commencer par définir de quelles violences  nous parlons. Il y a la violence physique, bien entendu, mais aussi la violence psychique, verbale, sexuelle et économique.

Si chaque situation est particulière, on peut néanmoins dessiner les contours de ce qui arrive à ces femmes. Le plus souvent, il faut comprendre que la violence s’instaure  insidieusement, l’agresseur déclenchant des excès de colères, souvent  disproportionnés par rapport à l’élément déclencheur. Le manque de confiance en soi s’installe chez la victime, et quand la violence monte crescendo, une certaine habitude est déjà en place, rendant ainsi plus difficile la prise de conscience du problème.

C’est pour cela, entre autres, qu’il est difficile de réagir dans les premiers temps, lorsque l’on est victime de violences domestiques. D’autant plus que ces femmes ont parfois des passifs familiaux les poussant à retomber dans des schémas de couple faussés. En outre, la femme idéalise souvent le couple et tente de le sauver de toutes les manières possibles. Elle culpabilise et minimise les faits dans cette optique. C’est aussi pour ça qu’on peut entendre, parfois, comme justification des victimes des phrases comme “c’est de ma faute”, ou “c’est moi qui qui l’ai énervé”, ou tout autre prétexte déchargeant l’agresseur.

Ensuite, il faut comprendre que la violence physique marque, et isole. Quand les coups ne peuvent plus être cachés ou maquillés, les femmes victimes restent isolées de leurs amies, famille, afin de ne pas éveiller les soupçons, et subir des remarques.

Et c’est là le plus souvent qu’en tant que soignants nous sommes amenés à intervenir : il se peut que l’on retrouve certaines de ces  femmes dans nos services, notamment les urgences (mais pas seulement).

Croyez-moi sur parole (parce que je ne peux pas trop vous racontez dans le détail la vie des patients) c’est frustrant de voir une femme avec des bleus en train de pleurer et de se culpabiliser, et de penser que tout est de sa faute parce que son conjoint lui a collé son poing dans la face.

Je peux comprendre que l’on puisse croire à l’inaction, devant une situation si dramatique.

Mais sont-elles inactives ?

En fait, ce genre de victime n’est pas passif. Mais toute son énergie mentale et psychique est dédiée à sa survie et à celle des victimes collatérales, comme les enfants par exemple.

Mais alors quelle posture adopter avec ces femmes ? Que leur dire puisqu’elles sont dans le déni ?

Le plus important, c’est d’avoir une attitude d’écoute, d’empathie, et de non jugement (tout ce que l’on apprend à l’IFSI en fait) ; ensuite, et ça c’est très important, si une patiente vous confie être maltraitée, ne le gardez SURTOUT PAS pour vous. C’est une information qui doit être TOUJOURS partagée en équipe. Ne restez jamais seul avec ça sur les bras.

Ensuite, ne désespérez pas, et passer la main si vous n’y arrivez plus. Il se peut que vous soyez amenés à revoir la victime de nombreuses fois. (J’ai connu une patiente qui était revenue plus d’une centaine de fois aux urgences, pour des excuses à chaque fois différentes. En fait, cette femme se faisait battre par son mari).

Pour résumer le tout, et garder quelques infos dans un coin de votre tête :

  • La violence domestique n’est pas que physique, elle peut être mentale ou verbale
  • La violence domestique touche toutes les catégories sociales, même si la précarité est un facteur favorisant important
  • La violence s’installe de manière insidieuse et il est très difficile pour la femme de réaliser qu’elle est victime
  • La banalisation, l’habitude, la peur de l’échec dans son couple et la perte de confiance en soi sont les liens qui maintiennent la victime à son bourreau
  • L’alcool n’est pas la cause de la violence conjugale, on ne frappe pas “parce qu’on a bu”. L’ivresse est un faux prétexte pour l’agresseur
  • Une attitude de non jugement, de disponibilité et d’écoute est essentielle dans l’accompagnement des femmes battues
  • L’accompagnement d’une femme battue ne se fait JAMAIS seul, mais TOUJOURS en équipe

Voilà, à défaut de vous avoir donné le sourire, j’espère que cet article vous aura donné à réfléchir. En attendant je retourne à mes cours, et je vous souhaite une bonne continuation.

A bientôt !
29 ans, ESI promo 2017
Master II en gestion et management
créateur du site www.wikifsi.com
Twitter @Martinez_J_

Toujours là pour t’agacer, mais jamais pour penser à ta place 😉

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